| Aglossa / Livres / |
Auteur : Martin Lowry
Édition : Promodis, Éditions du cercle de la librairie, 1989 (traduction de The world of Aldus Manutius, Business and Scholarship in Renaissance Venise, Basil Blackwell 1979)
ISBN : 2903181667
Alde Manuce est une légende de l'imprimerie. Créateur de l'italique, premier imprimeur des manuscrits grecs, chaque génération a révéré l'oeuvre du vénitien. Stanley Morison considérait le caractère romain dit Bembo (en référence à l'édition de De Aetna de Pietro Bembo paru en 1496) comme un modèle de lisibilité. Plus près de nous, Adobe a placé PageMaker, le premier outil de mise en page sur ordinateur personnel, sous le patronage de l'imprimeur de la Rennaissance.
Martin Lowry démontre cependant que cette image est plus que simpliste. Tout d'abord la réputation d'érudition des éditions aldines ne résiste pas à une étude moderne. Les sources manuscrites sont souvent de piètre qualité mais surtout le processus de correction relève plus du petit bonheur la chance que d'une recherche de filiation entre copies pour remonter à l'archétype. Même avec des manuscrits contemporains, l'imprimeur se permet de corriger le texte de l'auteur sans le concerter. Le mythe de la création du « livre de poche » est également déboulonné : les in-octavo d'Alde coûtaient plus chers que les grands formats de la concurrence.
Comment redéfinir le personnage et lui redonner une place significative dans l'histoire ?« La formation et les valeurs d'Alde étaient en fait celles d'un courtisan ». Son mérite aura été de faire le lien entre un artisanat qui s'essouflait au tournant de 1500, et les premières universités de savants et philosophes, a priori conservateurs. L'homme, qui défendait passionnément le progrès des Lumières, fut donc un entremetteur, dans son époque et dans l'histoire.
Le livre de Lowry mérite d'autant plus d'être lu en ce moment que bon nombre de débats de l'époque aldine reviennent sur le devant de la scène. Ainsi l'argument de l'open source qu'une plus grande diffusion permettra la perfection par un processus collectif de correction était déjà avancé aux XVe et XVIe siècles pour les textes classiques. Le problème des brevets existait tout autant : Alde essaya de protéger l'italique par six privilèges auprès du Sénat vénitien et de trois papes successifs alors même qu'il était accusé de vol de propriété intellectuelle par Francesco Griffo !
cotation : 4/5
- Jean-Philippe Papillon, 17 juin 2000
Introduction
Abréviations
I. Hommes d'affaires et intellectuels
II. L'humaniste vagabond
III. Barbarigo, Torresani et Manuce
IV. Heurs et malheurs d'une entreprise
V. Rêves académiques
VI. Choix des auteurs et méthodes d'édition
VII. Une diffusion européenne
Conclusion
Bibliographie
Index
© Aglossa, 2000