Aide au choix de la typo-graphie

Auteur : Gérard Blanchard

Édition : Atelier Perrouseaux, 1998

ISBN : 2911220021

Même si l'auteur est différent, ce livre peut être considéré comme la continuation du Manuel de typographie française élémentaire et de Mise en page et impression chez le même éditeur. La page de couverture s'orne d'ailleurs de l'euphémisme de « Cours supérieur ». Il s'agit en effet d'un livre d'érudit, une sorte de testament à en juger par la somme d'articles cités en biographie et produits au cours des cinquante dernières années pour les revues Caractères Noël, Courrier graphique, Communication et Langages, et bien sûr pour des colloques comme les Rencontres internationales de Lure. Aussi on ne s'étonnera pas de trouver des traces de maniérisme de vocabulaire, frôlant le pédantisme. L'auteur semble en particulier avoir un faible pour les trois adjectifs synchronique, diachronique et kinésique. Pour être honnête, leur signification est parfaitement explicitée et ils désignent les ingrédients principaux de la typo-graphie selon Blanchard.

En effet, sa thèse, au sens propre et au sens figuré, reprend les arguments de Roland Barthes (Système de la mode, 1967). La typographie représente le texte comme le vêtement l'individu. Elle entre donc dans un jeu de correspondances et de connotations et devient un champ de bataille entre conservatisme et aventurisme, ordre du plomb et mouvement de la plume. Dans la première partie, on retrouve donc les associations culturelles de Branding with Type mais, surtout, la seconde partie est consacrée à un véritable cours d'histoire de la typographie qui complète à plus d'un titre le récit de Blackwell.

Les événements sont exposés depuis les origines de l'imprimerie, c'est-à-dire Gutenberg et associés, avec reproduction des originaux. Cela permet en autre de redécouvrir l'origine du « romain » (en 1465, les premiers caractères humanistiques droits - par opposition à l'Aldine - furent fondus à Subiaco, monastère près de Rome), ou des réales (le souci de rigueur, d'ordre et de gloire conduisit Louis XIV à commander peu avant 1700 un caractère spécifique dont les pleins seraient répartis verticalement). Cela montre aussi comment les premiers typographes ont tâtonné vers un nouveau système de références. L'exemple de Rabelais est significatif à cet égard. En 1532, il publie sa thèse de médecine, à connotation savante, en caractères romains tandis que Pantagruel, à connotation populaire, est typographié avec une bâtarde de gothique. Mais quatorze ans plus tard, le Tiers livre est édité en italique puis en romain, qui est devenu la mise en forme standard du français, choisi par François Ier comme langue juridique (édit de Villers-Cotterets, 1539). Cet exemple peut aussi illustrer la présentation originale de la seconde partie : par analogie avec la carte de Tendre contemporaine (1654) où le lac d'indifférence fait face à la mer d'inimitié, le déroulement des siècles est marqué par l'opposition entre la normalisation géométrique et la pulsion de la calligraphie. Les garaldes, didones, mécanes, puis linéales ont incarné successivement le premier camp, opposé aux italiques, anglaises, incises, et scriptes de bandes dessinées.

Ce livre se présente donc comme la référence française et il fait partie de la bibliographie indispensable du typographe, de la même manière que Typo du XXe siècle que l'auteur recommande d'ailleurs.

cotation : 4/5

- Jean-Philippe Papillon, 6 mars 2000

Table des matières

Introduction

L'embarras du choix

La connotation et la métaphore du vêtement

Première partie. Huit connotations

1. Les connotations de base (les fonctions-signes)

2. Les connotations poétiques (jeux de mots)

3. Les connotations exotiques (typo de clichés)

4. Les connotations écologiques (matières de lettre)

5. Les connotations historiques (le musée)

6. Les connotations à la mode (Musée de la mode)

7. Les connotations de contrastes (marketing)

8. Les connotations kinésiques (mouvement)

Seconde partie. Les connotations dans l'Histoire (diachronie) : les archétypes, prototypes et dérivés

La carte de Tendre (prélude de la seconde partie)

1. La diffusion de la typographie, avant 1475

2. L'enjeu humaniste

3. L'idéologie Grand Siècle

4. Un romain « moderne » : le Didot

5. L'ancien et le moderne (l'Elzevir et le Didot)

6. Du Bauhaus au style suisse international

7. Les monstres de la fin du XXe siècle (synchronie). Neuf mots-clés neufs pour une typo d'aujourd'hui


© Aglossa, 2000